
DE
SIGOGNE (1560 - 1611)
Stances
Ces petits vits desuqels l'enflure
A peine garnit l'ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres filles,
Et les estimons inhabiles
A chatouiller nos appétits.
Ces petits vits
à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusques au bout;
Il semble qu'on nous farfouille
Ou d'un festu, ou d'une douille:
Il faut égalité partout.
Les nains, monstres
en petitesse,
N'ont jamais garde d'estre en presse:
Il semble, à voir ces avortons,
D'une chétive créature
Qui se promène à l'adventure
Dans un grand palais, à tâtons.
Ils vont vagabonds
par la place
Sans marquer ny chemin ny trace,
Les murs n'approchant nullement;
Le plancher sur leur chef se hausse;
C'est une volupté sans sauce;
Le plaisir vient du frottement.
Je ne suis nullement
avide
Du plaisir qui provient du vuide;
Qui veut faire sortir du feu
Des cailloux, il faut qu'il les joigne:
Si les vits, ses parois éloignent,
C'est un désagréable jeu.
Nous aimons les
vits dont les rables
Bouchent à tout plain nos éstables,
Mettent le nez en chaque coin,
Qu'ils avancent et qu'ils recuelent,
Qu'ils s'alongent et qu'ils s'acuelent,
Maintenant près, maintenant loing.
Nos cons sont palais
magnifiques;
Il n'y faut point d'estroites boutiques,
L'on y veut court, et grand verger,
Salle, cabinet, et cuisine,
Chambre, et antichambre voisine;
Un petit train n'y peut loger.

Voeu d'une dame à
Venus
A toy, Déesse, qui as soin
De nous secourir au besoin,
Mère des Amours ensucrée,
Douce et riante Citerre:
Si ce gros Priape charnu
Je puis voir une fois tout nu,
Roide, sonder jusques au centre
Le profond de mon large ventre,
Et, d'une abondante liqueur,
M'arouser le flanc et le cœur,
Tandis qu'une froide impuissance
Retient mon Vulcan en silence,
J'orneray de beaux myrtes verts
Ton autel, à jours tous divers,
Et là, te faisant humble hommage,
Aux pieds de ta si belle image
Je t'apprendray, fort humblement,
Le protrait de cet instrument,
Pour servir d'honneur et d'exemple
Aux sacrifices de ton Temple.

Pierre
MOTTIN (1566 - 1610)
Epigramme
Colin, à beaux deniers comptant,
Corrompit une chambrière
Qui, entre celles de son temps,
Remuait fort bien le derrière.
Elle, pour dépêcher matière,
Laissant à part tout entregent
En trémoussant de la croupière,
Montrait les tours de son corps gent.
Alors jurant comme un sergent,
Colin lui dit tout en colère:
Tu as le cul bien didigent!
Puisqu'ici la chair est si chère,
Ménageons un peu notre argent!

Stances
J'estime beaucoup les belles,
Je brûle d'amour pour elles,
Mais qu'on ne me parle pas
Du servage d'Hyménée,
Car à l'heure, la mieux née
Me semble manquer d'appas.
A mon naturel volage,
Les charmes de mariage
Sont un par trop lourd fardeau;
Sans raison je me gouverne:
Ma table est à la taverne,
Et mon lit est au bordeau.
Mon vit, l'effroi
des pucelles,
Pour qui tant de maquerelles
Travaillent journellement
A changer nouvelle proie,
Ne sauroit, que l'on m'en croie,
Foutre légitimement.
A l'heure que j'entre
au couple,
Si je ne trouve un cul souple,
Remuant, prompt, et léger,
Mon ardeur se tourne en glace,
Et je suis, quoi que je fasse,
Tout un jour à décharger.
Les épouses
légitimes
Croyent commettre des crimes
De branler sous leurs maris:
Les délices de leur couche
Se réservent pour la bouche
De messieurs les favoris.
C'est pour quelque
ami robuste,
Aux reins forts, au vit auguste,
Dont bien foutre est le destin,
Que leur souplesse lubrique
Se plaît à mettre en pratique
Les postures d'Aretin.
Vénus, la
chaude paillarde,
D'une façon plus gaillarde
Sait bien remuer le cu,
Quand le Dieu Mars la secoue,
Qu'à l'heure qu'elle se joue
A son boiteux de cocu.
S'il advient qu'on
se marie,
Voilà mon vit sans furie,
Languissant entre les draps,
Comme une Nonnain dévote,
Dont jamais l'humeur bigote
N'a chaumé le Mardi-Gras.
Si ma femme est,
d'aventure,
De trop paillarde nature,
Elle peut bien rechercher
Le mari de sa voisine,
Ou le valet de cuisine,
Pour se faire chevaucher.
Quant à moi,
qui fait mon conte
Que, sans respect et sans honte,
Je dois prendre mes ébats:
Si j'aime la chambrière,
Ou par force, ou par prière,
Je lui mettray le cul bas.
Je clos l'une et
l'autre oreille
A quiconque me conseille
De vivre plus retenu:
J'aime à suivre mes caprices,
Et je crois que sans mes vices
Mon nom serait inconnu.
