
BRANTOME
(Pierre de Bourdeille 1540 - 1614)
Sonnets
Estourneau, je ne
puis aimer une pucelle
Qui, foiblette, ne peut encore le joug porter,
Et, farouche, ne veut le taureau supporter,
Quand, quelques fois, il veut s'esbaudir avec elle.
J'aime bien celle-là
qu'après sa fleur nouvelle,
Sur l'âge de vingt ans, est prête de dompter,
Et se laisse aisément à son ami monter,
Sans ployer au fardeau, ni sans estre rebelle.
Estourneau, dites
moy, qui à telles amours
Ne peut-il heureusement ses jours?
L'autre n'est point Amour que d'une étrange sorte:
Voilà pourquoy
je veux retirer mon amour
D'un raisin qui est vert, en attendant qu'un jour,
Possible plus mûri l'Automne me l'apporte.

Je n'aime plus qu'un
nom de Catherine,
J'en aime deux portant ce même nom:
L'une a mon cœur, pour avoir un surnom
Qui correspond à sa vertu divine;
Et quant à
l'autre, à voir sa douce mine,
Son embonpoint, son visage si bon,
Je crois qu'elle a belle motte et beau Con:
Elle aura donc mon Vit pour contremine.
Je ne veux pas pourtant
l'assujettir
Tant en ce point qu'il ne puisse partir,
Car s'il plaisait à la dame première
De me prêter
ce que j'aime trop mieux:
Son Con, son flanc, plus qu'un trait de ses yeux,
Je l'aime bien autant que la dernière.

Claude
BINET (1553 - 1600)
Stances
Baisons-nous, belle, mon souci,
Et surpassons la Coulombelle;
Comme elle trémousse de l'aile,
Tremoussons de nos bras ainsi.
Comme elle poursuit un baiser
Du bec que souvent elle darde,
Notre langue, ainsi fretillarde,
Puisse nos flammes apaiser.
Comme d'un œil à demi
clos,
L'aise de son plaisir avance,
Ainsi, pour semblable espérance,
Par l'œil rendez l'amour éclos.
Fermez vos deux yeux à
demi,
Et contrefaitte un peu la louche,
Puis, en approchant votre bouche,
Dites: "Baisez-moi, mon ami!"
Ça, ces deux lèvres! Ça,
ce ris!
Ça, cette languette gloutonne,
Qui se courbe en faux, et moissonne
Toute la fleur de mes esprits.

François
de MALHERBE (1555- 1628)
Sitôt que le sommeil, au
matin, m'a quitté,
Le premier souvenir est du con de Nérée,
De qui la motte ferme et la barbe dorée
Esgale ma fortune à l'immortalité.
Mon vit, dont le plaisir est
la félicité,
S'allonge incontinent à si douce curée,
Et d'une échine roide, au combat préparée,
Montre que sa colère est à l'extrémité.
La douleur que j'en ai montre
sa patience,
Car de me le mener, c'est cas de conscience;
Ne me le mener point, ce sont mille trépas.
Je le pense flatter afin qu'il
me contienne,
Mais en l'entretenant je ne m'aperçois pas
Qu'il me crache en la main sa fureur et la mienne!

Marc
de PAPILLON (1556 - 1599)
Sonnets
Ha, Dieu! que j'ai
de bien alors que je baisote
Ma jeune folion dedans un riche lit.
Ha, Dieu! que j'ai de bien en ce plaisant conflit,
Perdant mon plus beau sang par une douce flotte.
Ha, Dieu! que j'ai
de bien lorsque je la mignote
Lorsque je la chatouille, et lors qu'elle me rit.
Ha, Dieu! que j'ai de bien quand j'entends qu'elle dit
D'une soufflante voix: "Mon mignon, je suis morte."
Et quand je n'en
puis plus, ha, Dieu! que j'ai de bien
De faire la mocquette en m'ébattant pour rien.
Ha, Dieu! que j'ai de bien de pinçoter sa cuisse,
De lécher
son beau sein, de mordre son tétault.
Ha, Dieu, que j'ai de bien en ce doux exercice,
Maniant l'honneur blond de son petit tonnault.

Çà, je veux
fourniller en ton joli fourneau;
Car j'ai de quoi éteindre et allumer la flamme,
Je veux vous chatouiller jusqu'au profond de l'âme
Et vous faire mourir avec un bon morceau.
Ma petonne, inventons
un passe-temps nouveau.
Le chantre ne vaut rien qui ne dit qu'une gamme,
Faites donc le seigneur et je ferai la dame,
Serrez, poussez, entrez, et retirez tout beau.
Je remuerai à
bonds d'une vitesse ardente,
Nos pieds entrelacés, notre bouche baisante:
La langue frétillarde ira s'entre-mouillant.
Jouons assis, debout,
à côté, par derrière, -
Non à l'italienne, - et toujours babillant:
Cette diversité est plaisante à Cythère.

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Bibliographie:
Lectures amoureuses de jean-Jacques Pauvert, Poésie Erotique
(éditions La Musardine, mai 2000)
Marcel Béalu: La poésie Erotique, anthologie
(Seghers, août 1993)
