
Petite
anthologie de péosie érotique
Clément MAROT (1495-1544)
AU BEAU TÉTIN
Tétin refait, plus blanc qu'un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fait honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose,
Tétin dur, non pas tétin, voire,
Mais petite boule d'ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise ou une cerise,
Mais je gage qu'il est ainsi.
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller,
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui porte témoignage
Du demeurant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie de dedans les mains,
De te tâter, de te tenir ;
Mais il faut bien se contenir
D'en approcher, bon gré ma vie !
Car il viendrait une autre envie.
O tétin ni grand ni petit,
Tétin mûr, tétin d'appétit,
Tétin qui nuit et jour criez :
" Mariez-moi tôt, mariez !
" Tétin qui t'enfles et repousses
Ton gorgias de deux bons pouces.
A bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira,
Faisant d'un tétin de pucelle,
Tétin de femme entière et belle.

Baiser souvent n'est-ce
pas grand plaisir ?
Dites ouy, vous aultres amoureux ;
Car du baiser provient le désir
De mettre en un ce qui estoit en deux.
L'un est trop bon, mais l'aultre vault trop mieux :
Car de baiser sans avoir jouyssance,
C'est un plaisir de fragile assurance ;
Mais tous les deux alliez d'un accord
Donnent au cœur si grande esjouyssance,
Que tel plaisir met oubly à la mort.

Jean
MOLINET (1435 - 1507)
Est-il vrai ?
Mais est-il vrai, mademoiselle,
Si vous estiez sans chandelle
Dedans la venelle d'un lit,
Et vous trouvessiez un gros vit,
Vous croqueriez cette groselle ?
Pour avoir de longueur un pié
Raide comme un manche d'espié
En votre corps se logerait.
Qu'il vous faudrait de tel brouait !
Quel lac à pêcher sans filet !
Mi dieux ! Vous
êtes assez belle ;
Mais me déplaît vous êtes telle.
Maître et valet, chacun vous suyt ;
Comme un bouc puez de l'aisselle,
Mais est-il vray ?

Cette fillette à qui le tétin
point,
Qui est tant gente et a les yeux si vers,
Ne lui soyez ni rude ni pervers,
Mais la traitez doucement et à point ;
Dépouillez-vous et chemise et pourpoint
Et le jetez sue un lit à l'envers,
Cette fillette. Après cela, si vous êtes en point,
Accolez-la de long et de travers ;
Et si elle a les deux genoux ouverts,
Donnez dedans et ne l'épargnez point,
Cette fillette.

Baiser
Quand ton col de couleur rose
Se donne à mon embrassement
Et ton œil languit doucement
D'une paupière à demi close,
Mon âme se fond du désir
Dont elle est ardemment pleine
Et ne peut souffrir à grand'peine
La force d'un si grand plaisir.
Puis, quand s'approche de la tienne
Ma lèvre, et que si près je suis
Que la fleur recueillir je puis
De ton haleine ambroisienne,
Quand le soupir de ces odeurs
Où nos deux langues qui se jouent
Moitement folâtrent et nouent,
Eventent mes douces ardeurs,
Il me semble être assis à table
Avec les dieux, tant je suis heureux,
Et boire à longs traits savoureux
Leur doux breuvage délectable.
Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre ou me laisse,
Pourquoi me permets-tu, maîtresse,
Qu'encore le plus grand soit mien ?
As-tu peur que la jouissance
D'un si grand heur me fasse dieu ?
Et que sans toi je vole au lieu
D'éternelle réjouissance ?
Belle, n'aie peur de cela,
Partout où sera ta demeure,
Mon ciel, jusqu'à tant que je meure,
Et mon paradis sera là.

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